mercredi 3 février 2010

De l'ombre à la lumière

Chaque soir, la nuit nous enveloppait de sa noirceur et, chaque soir, Rose Makiel se laissait aller à son effroyable tristesse. Elle contemplait de sa fenêtre la ruelle sombre depuis bien longtemps. Elle apercevait malgré l'obscurité, les murs fissurés qui menaçaient de s'écrouler. Une larme traîtresse coula le long de sa joue, la seule, l'unique, son éternelle ami, se disait-elle . Voilà dix-sept ans qu'elle vivait ici et dix-sept ans qu'elle était un assassin . Comment me diriez-vous ?

Son père lui raconta, lors d'un de ces rares moments de lucidité, que sa mère était morte en la mettant au monde. Il finit son récit en la toisant, puis, dans un accès de folie, lança sa bouteille sur le visage de Rose en lui criant "Assassin". Un filet de sang coula le long de sa joue. Elle chassa tous ses souvenirs en balayant l'air devant son visage comme si cela faisait disparaître ses blessures.
Elle alla s'enfermer dans sa chambre et se demanda ce que l'alcool pouvait apporter de si bien à son père. Elle ne tarda pas a s'endormir et tomba dans un profond sommeil.


Des coups à la porte vinrent à la réveiller, chancelante, elle alla ouvrir. Une femme stricte habillée d'un tailleur désuet, la salua en lui offrant un sourir plein de malice :

" -Bonjour, Célia Lopes assistante sociale. Je viens voir monsieur Makiel. Il n'est pas venu à son rendez-vous et n'a pas répondu à mes appels non plus dit-elle, en entrant sans y être invitée .

-J'aurais aimé vous répondre mais moi-même je ne sais où il est.

-Depuis quand est-il parti ? demanda-t-elle, en inspectant le foyer de Rose et en notant les moindre détails.

-La dernière fois que je l'ai vu c'était hier avant d'aller en cours, mais pourquoi êtes-vous ici ?

-Pour vous, votre père ne s'occupe pas assez de vous. D'ailleur il n'est pas là, donc je vais attendre qu'il revienne et tout vous expliquer. "

Rose regarda l'assistante, elle avait un visage plutôt rond qui lui rappelait quelqu'un. Elle avait les yeux bleu comme les siens et de beaux cheveux châtains .Elle avait sans doute la trentaine. L'image qu'elle donnait ne reflettait pas ce qu'elle était réellement, elle paraissait froide et distante, mais elle était remplie d'amour et de tendresse.

Célia regarda une dernière fois Rose avant que celle-ci s'en aille.
Elle voulait lui dire qu'elle était sa véritable mère, mais se sentit coupable d'avoir choisi la facilité au lieu de se battre pour celle qui représentait sa vie. Elle se sentit emplie de colère et de rage pour cette femme à qui elle avait confié son enfant, et qui lui avait promis de garder l'innocence de sa fille, et aujourd'hui elle avait vu le visage blême de Rose, ses yeux ravagés d'hématome, son corps frêle et maigrelet, bref, elle s'était vue il y a dix sept ans agonisant devant cette femme. C'était un soir d'hiver elle s'était enfuie de la maison familiale, son père respectant les anciennes coutumes l'avait prédestinée à un homme agressif, amer, grincheux tout le contraire de son amant qui lui était intelligent et doux, elle avait fui, ce soir là, mais ne se doutait pas qu'un petit ange de déjà trois mois grandissait en elle. Plusieurs jours après sa fuite, fatiguée par son périple elle s'évanouit dans la neige. Ce fut à ce moment que Rosalyne la ramena chez elle et que Celia apprit que ce petit être fut son enfant . Ainsi elle lui avait donné
le diminutif de sa sauveuse.
Les cheveux de jais de sa fille lui rappelait son amour perdu, Anthony .
Elle se souvint de son premier baiser, il lui avait cité une phrase de son livre préféré, elle revit ce moment, le dernier, de sa paisible vie

Il m’embrassa de nouveau, le sourire aux lèvres :

"- Vos lèvres ont effacé le péché des miennes" , chuchota mon amant contre ma bouche, ses yeux rivés dans les miens. Surprise de voir qu’il connaissait des citations de Roméo et Juliette de William Shakespeare, et plus particulièrement celles de cette première rencontre entre les deux héros de cette pièce de théâtre, je ne pus m’empêcher de prononcer la suite :

"- Mes lèvres ont gardé pour elle le péché qu’elles ont pris des vôtres. "

Il me sourit, comprenant que moi aussi j’aimais beaucoup ce classique avant de continuer, mais surtout que je lui donnai l’occasion de goûter de nouveau à mes lèvres :

"- Vous avez pris le péché de mes lèvres ? Ô reproche charmant ! Alors rendez-moi mon péché ." Nous nous embrassâmes de nouveau, savourant encore le contact entre nos deux bouches.

"- Vous avez l’art des baisers", soufflai-je en déposant un chaste baiser sur ses lèvres gonflées avant qu’il ne me caresse la joue. "


Le père de Rose n'était toujours pas là. Ne pouvant résister plus longtemps Célia commença à ranger l'appartement, laver les vitres. Elle finit en milieu d'après-midi à tout nettoyer. Alors elle commença à faire un repas pour son enfant et se dit que cette fois elle repartirait seulement avec Rose.

Rose entra et fut surprise de sentir cette excellente odeur émanant de sa propre cuisine . Elle vit son foyer reprendre des couleurs comme si une vraie famille y habitait. Par folie, elle accourut dans la cuisine en criant : « Maman ! » Elle reprit vite contenance en voyant la jeune assistance sociale en train de mettre la table

Elle s'approcha humant le délicieux parfum qui sortait de la cuisine. La jeune file s'asseya et commença à manger tout ce qui se trouvait à sa porter.

Tout d'un coup, Rose aperçut son père dans l'entrée, le visage de celui-ci se décomposa quand il vit l'assistante sociale .
Jamais, il n'aurait pu y croire, son éternel amour se trouvait a cinq mètre de lui, il avait passé dix ans à la chercher remuant ciel et terre pour trouver Celia, à la place, ce fut sa fille qu'il trouva , il jeta un coup d'œil à celle-ci et regretta de l'avoir frappé, sa poitrine se resserra, il avait le coeur empli de ses turpitudes. Il vint prés de Celia et l'enlaça de toute ses forces de peur qu'elle ne soit le fruit de ses sempiternelles hallucination .
Célia ne pu tenir plus longtemps et décida de tout dire à Rose:
"- Rose, je suis ta vraie mère...ta mère biologique "

Cette phrase déclencha nombre de changement les parents de Rose se rapprochèrent n'ayant sans doute pas conscience de leur proximité, de la main de son père sur la taille de sa véritable mère et de leur regard qui en disait tellement. Il régna sur son foyer un silence assourdissant, bon nombre de pensé traversèrent l'esprit de Rose ne pouvant plus ressentir toute cette tension elle demanda des explications et ses parents lui racontèrent tout: leur rencontre, l'origine de son prénom, la raison de la fuite de Celia, sa dépression post-natale

Puis, se fut au tour de son père, il lui raconta comment il l'avait récupérer : Suite à la leucémie qui toucha subitement Rosalyn, celle-ci dû faire un choix : soit confiée Rose à un centre d'adoption où, elle vivrait à coup sûr sans jamais savoir ce que le lendemain lui réserve, se trouvant balloter de famille en famille; soit trouvée à Rose, qu'elle considérait comme sa propre fille, une personne digne de prendre soin d'elle.
Sur son lit de mort, après de nombreuses recherches basé sur le peu d'information que Célia a pu lui raconter, Rosalyn a convaincu Anthony qu'il etait le père de Rose.
Malgré, la réticence qu'il avait au départ, Rose a illuminé sa vie pendant un moment.
Cependant, les démons de l'alcool sont alors venus très vite. En effet, Anthony avait commencer à boire depuis quelques années et sa consommation devint de plus en plus grande, il a aimé sa fille mais d'un amour amer, lui rejetant la faute de la fuite de sa bien aimée, de son seul amour. Alors, un soir, il ne put s'empêcher de crier à Rose qu'elle était l'assassin de sa mère .


Elle souffrait d'un pénible bonheur, prise de panique elle s'enfuya: vêtu de son manteau et de ses souvenirs.
Elle courait et ne pu s'arrêter elle savourait la brulure dans sa gorge mais ne vit pas les phares éblouissant du bus s'avancer dangereusement vers elle, cependant un sourire apparut sur son visage et sa dernière pensée fut pour ses parents elle les avait vu heureux et apaisés. Elle espérait qu'il trouverait ne fusse que quelques heures un instant de tranquillité.
La face accueillante de la mort vint la chercher avec légèreté et elle vit scintiller la faux dans un éclat d'une blancheur aveuglante. C'était sa douce fin.
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