samedi 16 janvier 2010

Le mensonge, chemin de la destruction

Avez-vous déjà menti ? Parce que pour moi c’est le cas, une fois dans ma vie et cette seule et unique fois m'a été fatale ! J'ai voulu faire savoir au monde entier qu’un mensonge, qu’il soit petit ou énorme, reste toujours un mensonge, un court chemin conduisant au désespoir et à la perte. C’est pour cela que j’écris en puisant dans mes dernières forces, l’histoire de ma vie qui commence à Veracruz.
Veracruz était le centre industriel du Mexique avec des ports et des stations balnéaires. J'y avais grandi au sein d'une famille aisée et j'y habitais encore à trente ans avec ma famille et ma femme Maggy, la plus merveilleuse des épouses. Elle avait un visage doux, en forme de cœur, un parfait petit nez retroussé, la peau fine et laiteuse. Elle était d'une grande générosité et mes parents l'adoraient.
Vous pourriez penser que j'étais le plus heureux des hommes. Erreur ! Certes je l’étais jusqu'au jour où mon père voulut avoir un petit-fils, un compagnon de jeux. Maggy et moi étions mariés depuis un mois et elle n'était toujours pas enceinte. Ma femme et moi allâmes voir un obstétricien et nous eûmes la plus effroyable et la plus malheureuse des nouvelles. Ma femme ne pouvait, et ne pourrait jamais avoir d' enfants ! J'avais tout de suite compris que ma vie ne serait plus pareille.
- « Jacques…,»dit Maggy inondée de larmes
- « Docteur faites quelque chose, une opération… ou tout ce que vous voulez pour que ma femme puisse avoir un enfant !»
- «Je suis désolé ! On ne peut rien faire», répondit le docteur.
Il expliqua ensuite que les causes étaient liées à l'utérus de Maggy et d'autres choses qui me semblaient être dans une langue étrangère, même si mon professeur de biologie avait dû me les enseigner, mais en cours j'étais occupé à parler des filles et du football américain, mon sport favori.
Le soir venu, nous allâmes dîner chez mes parents. Ma mère avait fait un dîner digne d'un roi car elle s'attendait à une bonne nouvelle. Quand nous vîmes leurs regards ardents d'impatience et de joie, ni Maggy ni moi n'eûmes le courage de leur dire la vérité. Mais il fallait que nous leur donnions une réponse et, au moment où j'allais parler, Maggy me demanda si elle pouvait le leur annoncer elle-même. Si j'avais su qu’elle allait leur dire...
- « van a ser abuelos! »
- « oh dios mío!, s'exclama mon père, querida apporte nous donc du champagne! »
Je n'eus qu'une seule pensée ; ma femme avait perdu la tête! Je l’attirai à l’extérieur pour avoir des explications et elle m’expliqua que c'était le mieux à faire, que mes parents ne devaient jamais apprendre qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfant. Ensuite, elle me demanda d'aller chercher une femme avec qui, je pouvais faire un enfant et qui devait tomber enceinte dans moins d'une semaine.



Jacques était toute ma vie. On s'était connu grâce à nos parents, des années auparavant. Il était brun et avait des yeux d'un bleu profond, c'était un homme gentil, respectueux et réfléchi. Je pensais finir ma vie avec lui jusqu'au jour où j’appris que je ne pouvais pas avoir d'enfant. J’avais eu la peur de ma vie, celle de perdre Jacques. Je préférais qu'il ait un enfant avec une autre que de le perdre. Comme on dit similia similibus curantur*... Jacques partit en Espagne et je devais le rejoindre une semaine après pour qu’il ait le temps de trouver la mère porteuse et de s’installer. Nous allions y rester jusqu’au jour de la naissance de l’enfant. Les parents des Jacques n’étaient au courant de rien. Nous les avions prévenus que nous allions y passer un long moment. Il ne fut pas difficile de les convaincre étant donné que le père avait des entreprises dans plusieurs pays, y compris en Espagne. Jacques devait diriger l'une d'elles durant notre séjour là-bas.
En arrivant à l’aéroport de Madrid, il y avait beaucoup de personnes ; celles qui arrivaient, celles qui partaient, des familles inondées de larmes en voyant leurs proches s’éloigner ou d'autres remplies de bonheur en voyant leurs proches s’approcher. Perdu au milieu de ce spectacle si triste et si émouvant, j’aperçus Jacques qui m’attendait bras ouverts. A côté de lui se tenait une jeune fille élancée. Elle avait un visage fin avec des yeux verts et un petit nez délicat. Jacques me présenta la jeune fille qui me semblait être d'une grande timidité, elle s'appelait Penny. Nous allâmes dans une maison que Jacques avait louée pour notre séjour à Madrid au milieu d’un quartier chic. Elle était assez grande avec deux chambres dont les fenêtres, nous permettaient d'apprécier une éblouissante vue de la mer. Le soir venu Jacques m’expliqua qu’il n’avait pas pu toucher Penny car pour lui c’était comme m’être infidèle. Je le comprenais puisque je n’aurais permis à aucun autre homme de me toucher. Le lendemain je fis plus amplement connaissance avec Penny et nous devînmes assez proches. Trois jours après mon arrivée, Jacques n’avait toujours pas le courage de dormir avec Penny et donc je dus prendre les choses en mains. Je partis me promener et je ne rentrai pas mais je les appelai pour qu’ils ne s’inquiètent pas. Jacques comprit mes intentions et prit son courage à deux mains et dormit avec Penny ce soir-là. Quelques jours plus tard, Penny commença à avoir de nausées. On l’amena chez un obstétricien qui nous donna la plus rassurante et la plus heureuse nouvelle ; Penny était enceinte de deux semaines. Certes, ce n’était pas l’enfant de mes entrailles mais que l'enfant soit celui de mon mari me comblait amplement. Les jours suivants Jacques et moi traitâmes Penny comme une reine. On voulait qu’elle ne manque de rien.



Jacques et Maggy étaient un couple heureux. Chacun se souciait des envies de l’autre. J’avais jamais vu aucun couple aussi assorti, c’était vraiment pas de veine que Maggy ne puisse avoir d’enfant. Quand Jacques m’avait demandé de porter leur enfant, il me semblait si décourager et comme j’avais besoin d'argent, J’avais accepté de les aider sans avoir beaucoup à hésiter car travailler dans un bar ne rapportait pas beaucoup. Lorsque j’ai été enceinte, ils n’arrêtaient pas de me surveiller pour savoir s’il ne me manquait rien ou si je n’avais aucun problème. A la longue, cela devenait crispant car je n’avais jamais un moment à moi sauf quand je dormais. Les jours se ressemblaient, jusqu’au jour où, un matin, sans prévenir, les parents de Jacques ont débarqué là où nous habitions. Nous étions sidérés ! Ils semblaient avoir la cinquantaine. Le père de Jacques était un homme assez imposant et respectable et sa mère était une femme douce. Jacques et Penny étaient désemparés. Penny a pris un oreiller qui était sur son lit et l’a mis dans sa chemise, pour faire semblant d'être enceinte. Les parents de Jacques n'y ont vu que du feu. Jacques m'avait présenté comme la femme de son ami, qui était parti en Afrique pour son travail et ne pouvait pas m'emmener. Pour que je ne sois pas seule, ils m'avaient invité chez eux. Les parents de Jacques m'avaient tout de suite adopté comme leur fille. La mère s'occupait autant de moi que de Maggy, elle nous appelait ses filles. Des semaines sont passées ainsi, tous heureux! Un mois avant la naissance de l'enfant, nous avons dû rentrer au Mexique car c’était dans la tradition de la famille de Jacques qu’une femme accouche dans son pays, le contraire était considéré comme une malédiction. Ils ne pouvaient pas me laisser et puis j’étais mexicaine aussi, j’ai dû par conséquent partir avec eux.
Finalement, le jour de l'accouchement est arrivé, c'était un mardi soir. J’ai mis au monde un petit garçon, si doux, si mignon que j’ai commencé à regretter de m'en séparer. Penny avait dû faire semblant d'avoir des contractions pour que les parents de Jacques ne se rendent pas compte de la supercherie.



Le jour de la naissance de mon petit-fils fut le jour le plus merveilleux. Mais un malheur évènement, la mort du fils de Penny, atténua notre joie. Je regrettai de ne pas avoir pu accompagner Maggy à l’hôpital. Le lendemain, nous ramenâmes notre petit-fils à la maison. Penny devait rester avec nous une semaine de plus ! C’était la fête chaque jour sauf pour Penny et c’était bien compréhensible. Mais un jour je fus surpris, en entrant dans la chambre de Paul. On avait appelé mon petit fils ainsi. Penny l’avait dans ses bras et son visage exprimait le bonheur. J’avais tout de suite pensé que voir Paul, l’aidait à surmonter la perte de son fils. Mais cela se répétait chaque jour. Des questions se bousculaient dans ma tête. Pourquoi mon fils et sa femme étaient partis en Espagne lors de la grossesse de Maggy ? Pourquoi Jacques ne nous avait-il pas permis de les accompagner pour l’accouchement de sa femme ? Pourquoi n'y avait-il pas eu d’enterrement du fils de Penny et personne n’avait pu le voir excepté le médecin qui était un grand ami de Jacques? Et pour finir, Pourquoi Paul ressemblait plus à Penny qu’à Maggy ? J’eus la réponse à toutes mes questions un soir quand je rentrais d’une réunion avec les syndicats. Je trouvai Penny avec Paul dans ses bras et mon fils et sa femme qui la suppliaient de ramener l’enfant.
- « rends-nous l’enfant ! implora Maggy, on te donnera tout ce que tu veux.»
-« je préfère mourir que d’abandonner mon enfant, cria Penny.»
Tout s’expliquait, l’enfant était celui de Penny et non celui de ma belle fille. Mon fils m’avait menti pendant un an, en me donnant l’espoir d’avoir un petit fils qui venait d’être balayé comme de la poussière dans mon cœur. Je comprenais Penny car quel genre de mère pouvait abandonner son enfant, en plus pour de l’argent ! Mais ce que je ne comprenais pas c’était mon propre fils et sa femme, qui, sans scrupule, avaient pu mentir à ma femme et moi, des pauvres vieillards qui n’attendaient plus rien de la vie que d’avoir un petit fils !
Ils continuèrent d’insister et quand Jacques s’aperçut que j’étais là, il perdit son calme et essaya d’enlever Paul des bras de sa mère en le tirant violemment. Pendant cet accrochage entre Penny qui voulait garder son enfant, Jacques, qui tirait l’enfant et Maggy, ma femme et moi qui essayions de les arrêter, Jacques poussant Penny qui tomba de la fenêtre de la chambre de Paul en tenant ce dernier dans ses bras. Ma femme eut à peine le temps de pousser un cri que Penny et son enfant étaient raide morts. Cet affreux évènement mit fin à l’existence de ma femme qui n’ait pas pu supporter la mort de Penny et de son fils et de plus s’ajoutait le mensonge de Jacques. Mon fils était rongé de culpabilité qu’il s’était refugié dans l’alcool. Un jour, après avoir bu je ne sais combien de bouteilles des bières, il trouva la mort dans un accident de la route. Penny s’était séparée de Jacques quand il avait commencé à sombrer dans l’alcoolisme. Pour elle, c’était devenu impossible voire un supplice la vie avec lui. Et depuis je vis de tristesse et de solitude, demandant chaque jour à Dieu de quel blasphème je suis coupable pour vivre cet enfer !



*"les semblables se guérissent par les semblables"

Emma ISINGIZWE, 2010
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