C'était un jour de beau temps. Le soleil se levait sur le village de Riverside, sympathique bourgade située au centre de l'Angleterre, connue seulement par les quelques privilégiés qui passent rarement par là en train. Riverside était en effet l'un de ces villages où l'on voyait seulement passer un train par mois. Aujourd'hui était en fait l'un de ces jours exceptionnels, ce qui causait une certaine agitation dans le village. Le maire, attendant sur la gare, jeta un regard à sa montre, comme il le faisait depuis déjà une heure et demie, puis finalement, se demanda si le train n'était pas prévu pour le lendemain. Il arrêta immédiatement son intense réflexion en entendant un sifflement se rapprocher. Il aperçut le train, assez ridicule finalement, fendant le vent à une vitesse non-autorisée. L'arrêt en fut donc des plus violents: le conducteur, s'étant assoupi peu avant, s'était réveillé juste assez tôt pour déclencher le frein d'urgence. Le maire, habitué a ce genre d'arrivées, soupira, puis courut chercher le médecin du village. C'est quelques minutes plus tard qu'il réapparut, accompagné d'un homme grand, assez laid et avec un énorme nez. Le réflexe du maire s'expliqua rapidement: une femme relativement enveloppée s'était effectivement cogné la tête contre une barre de fer, ce qui avait eu pour effet de faire rire son fils, même sous les menaces de son père qui ne pouvait s'empêcher d'esquisser un léger sourire. On évacua le train : la femme ne semblait pas vouloir se réveiller, le départ fut donc reporté a six heures le soir. Le maire commençait a s'impatienter. Il devait recevoir un invité de marque. Le temps fila, le maire décida finalement d'aller attendre sur la grande place. C'est alors qu'il se retrouva nez-à-nez avec l'homme qu'il cherchait : le célèbre détective privé Andrew Scott. Le maire, surprit, bégaya : "-Ah heu... hé bien heu... je vous souhaite la bienvenue à Riverside, Mr. Scott. J'espère avoir l'honneur de vous avoir à ma table tout à l'heure. Je me présente : je suis le maire de la ville, je me nomme Sam Chile.
-Hé bien sachez que j'en serais honoré. Seulement, il faudra une place de plus à votre table : je vous présente mon disciple.
-Bonjour monsieur. Je m'appelle Bryan. Bryan O'Donell.
-Ne vous en faites pas, ma femme se fera un plaisir de mettre un autre couvert. C'est ainsi que le groupe prit la route du manoir du maire, situé sur les hauts plateaux, en retrait du village. Ils finirent par arriver, bien que le jeune Bryan soit légèrement essoufflé par l'effort effectué lors de l'ascension du sentier. Le jeune homme poussa un soupir d'admiration : le manoir était sublime, richement décoré. Visiblement heureux de l'effet que le manoir avait sur l'enfant, le maire lui souffla à l'oreille : "Tu auras le même quand tu seras plus vieux". Le garçon, loin d'être sot répondit insolemment "-Mais oui bien su..." Il fut immédiatement coupé par le détective : "-Tais-toi Bryan. Souviens-toi que cet homme est notre hôte. Veuillez l'excuser, l'insolence est la science des jeunes d'aujourd'hui.
-Ne vous en faites pas, c'est oublié." La porte s'ouvrit enfin, révélant un homme de grande taille et fin comme un fil. "Le majordome", déduit Andrew. Bryan eut un frisson. Il semblait effrayé par l'homme. Il ne l'avait pas remarqué immédiatement, mais le majordome avait la peau d'une blancheur de linge, le visage sournois et des yeux injectés de sang. "- Je vous présente Thomas Derrington, mon majordome et ami d'enfance.
-Enchanté", siffla le majordome."J'espère que vous vous plairez à Riverside. Le couvert est dressé, Sam.
-Très bien, merci Thomas. Veuillez me suivre, la salle à manger se situe dans l'aile gauche." Les quatre hommes marchèrent en silence pendant un moment, puis parvinrent finalement face à une table richement décorée, à l'image du reste de la demeure. L'on pouvait admirer un lustre de cristal au plafond. Les tapisseries ne manquaient pas dans cette salle. Bryan souffla d'admiration derechef. Andrew lui-même sembla un instant béat d'admiration, puis prit sa place a table. Le service fut rapide et impeccable, si bien que le repas fut vite achevé. Scott fut interrogé sur ses précédentes affaires, l'on parla de politique et l'on ria allègrement. Un cri effroyable retentit, ce qui provoqua la surprise des . Andrew se leva violemment, suivi de près de son apprenti, puis du maire et de sa femme. S'en suivi une course dans le château a la recherche de la source du cri. Andrew avait l'intuition que quelque chose de terrible venait de se passer. Or, son intuition ne le trompait jamais. Ils arrivèrent finalement dans une salle sombre, peu éclairée. La femme poussa un cri d'effroi : un corps gisait, le ventre ouvert, totalement déchiqueté. C'en était trop pour l'âme sensible de la dame : elle s'en alla en courant vers les toilettes pour vomir. "-Mince alors..." soupira Andrew, "C'est difficile de s'en rendre compte, mais cet homme...
-C'est Thomas!" hurlèrent Bryan et la maire Chile a l'unisson."Effectivement, la broche argentée de majordome trainait par terre, toujours attachée à ce qui semblait être un morceau de tissu. Seul cet indice aurait permit de reconnaître le cadavre, car le visage avait été tellement mutilé qu'il en était méconnaissable. Le maire sanglota. Son vieil ami gisait, là, juste sous ces yeux. Une inscription avait été laissée, écrite avec le sang de la victime, sur le mur du fond. Sam lut en bégayant :"Tu es le prochain, Chile... ta fortune sera mienne." . Une haine profonde emplit alors la poitrine du maire. Celui-ci chargea et sortit du manoir. Andrew et Bryan avaient un mauvais pressentiment. Un sombre individu en avait après la vie de Sam, et celui-ci n'hésitait apparemment pas à sortir de chez lui. En effet, quand ils le rattrapèrent, il se hâtait déjà vers le village, en sueur, de par son ventre trapu. Andrew le remarquait bien a présent, cet homme avait peur. Peur de la mort, bien sur, mais surtout peur de voir sa fortune disparaître. Cela, il ne le permettrait pas. En arrivant au village, Chile courut comme jamais il ne l'avait fait. Il arriva finalement chez le chef de gare, et allongea énormément le délais avant le départ. Arrivèrent ensuite Andrew et Bryan. Le maire, visiblement satisfait, leur annonça triomphalement qu'ils devraient se charger de l'affaire et de la protection du personnage si ils voulaient repartir un jour. Sous la pression du chantage, ils acceptèrent. Étant malade, le médecin ne put pratiquer aucune autopsie, ce qui était assez gênant : on ne connaissait donc ni l'arme du crime, ni aucun des autres détails qui pourraient être utiles dans l'enquête. On commençait donc à partir de rien, l'enquête était mal partie. De plus, la protection du maire devait également être prise en charge. Or, la gendarmerie locale manquait d'hommes. Les héros devraient donc emmener l'homme avec eux, ce qui risquait de s'avérer assez gênant lors de l'enquête. Le détective pensait s'entretenir avec le maire afin de s'instruire sur la généalogie du majordome: lequel semblait n'avoir aucune famille a Riverside ni dans le reste de l'Angleterre. Sur Internet, des Derrington, il y en avait tellement que la page saturait. Scott souffla. Il partait donc réellement à partir de rien. Bryan suggéra ensuite d'aller chercher des indices sur la scène du crime. Les trois hommes s'y rendirent. Le maire avait finalement retrouvé une attitude calme et sereine que l'on peur attribuer aux assassins. Une fois devant le cadavre (il était défendu d'y toucher), les détectives entreprirent de fouiller la salle. Bryan poussa un cri de surprise: un interrupteur se trouvait caché sous une caisse. C'est avec prudence qu'Andrew l'activa. Un passage secret se dévoila : des escaliers en colimaçon s'enfonçaient dans les entrailles de la terre. « Étrange », murmura Scott. «-Connaissiez vous l'existence de ce passage, Mr. Le maire? Heu... non » répondit le maire, visiblement gêné. « Je sais qu'avant de m'appartenir, ce manoir était une sorte de quartier général d'une secte occulte. Peut-être que ce passage mène à l'une de leur cryptes. Je prends la tête, suivez-moi ». Quelques minutes plus tard, le groupe déboucha sur une salle gigantesque, avec de nombreuses toiles lugubres, ornements certainement issus d'une magie obscure. Andrew remarqua que de nombreuses armures étaient présentes, l'arme au fourreau. L'attention de Bryan fut reportée au centre de la salle: un autel se dressait là, au centre. Il s'approcha en courant, intrigué par ce qui se trouvait dessus. Il jura, d'effroi et de dégoût : un cœur humain se trouvait sous ses yeux, une épée le transperçant. Andrew eut juste le temps de comprendre. Il plongea sur la droite, juste assez tôt pour éviter l'assaut de Sam Chile, qui fondait sur lui. Il para l'assaut suivant, puis engagea le combat, pris au dépourvu. Bryan ne comprenait pas: pourquoi le maire avait-il plongé sur son maître? Il ne comprenait vraiment rien, si bien qu'il regarda le spectacle, l'air abasourdi. Andrew tenta une feinte. Sam semblait cependant être une fine lame: il ne fut pas dupe. Il plongea sur le détective, et blessa celui-ci. Scott déglutit, mais sa blessure était négligeable. Il ragea. Son adversaire était trop fort, comme si il avait volé l'énergie d'un autre homme. Eurêka. Andrew sprinta vers le cœur de l'autel, et en retira l'épée. Le maire chuta violemment sur le sol. De la sueur perlait de son front, il semblait épuisé, lui que était si leste quelques secondes auparavant. Le détective, avait comprit. Tout. En moins de cinq secondes, il avait comprit. Le jeune O'Donnel, stupéfait, demanda des explications. « C'est assez simple, Bryan. J'ai su presque dès le début que monsieur le maire ici présent avait quelque chose de louche. J'ai repéré qu'il jouait la comédie devant le cadavre de son majordome. Évidemment, tu as compris qu'il est le meurtrier. Moi-même ayant l'esprit rationnel, j'ignore toujours comment il a fait, mais je suppose que vous allez me répondre, vieillard. » Effectivement, des rides apparurent sur le visage du maire. « Bande d'idiots! Vous ne savez a quoi vous vous exposez! Les magies occultes sont puissantes : les dieux du culte d'Orxaz vous terrasseront et vous serez damnés!" Sur ce, il s'évanouit. Andrew entreprit d'expliquer a Bryan le mobile du meurtre : "J'ignore si tu as remarqué, mais Thomas portait une broche en argent : assez inhabituel pour un majordome. De plus, j'ai remarqué qui Chile avait une même broche d'argent. J'en conclut donc qu'ils avaient un lien de parenté : si mes hypothèses sont exactes, les deux hommes étaient frères. Sam a donc assassiné son parent dans le but de garder l'héritage familial pour lui seul; soit le manoir où il vit. Pour ce qui est de m'arme du crime, j'imagine simplement qu'il a fait envoyer ses chiens affamés afin qu'ils puissent se remplir le ventre..."
Le lendemain, Sam fut remit aux officiers de la ville, et le train put enfin repartir. En embarquant, Bryan remarqua que seulement une journée s'était écoulée, ce qui eut pour effet de lui remonter le moral: plus tôt il serait a Londres, mieux il se sentira. Il n'aimait pas la campagne. Après quelques minutes, le train s'engouffra dans un tunnel et le minuscule village de Riverside sembla s'effacer du monde.

