mardi 19 janvier 2010

Retrouvailles macabres

Jimmy rentra dans son appartement, épuisé et las, après une journée entière de travail. Il lui semblait avoir parcouru toutes les rues de Manhattan, à transporter des hommes, des femmes, des hommes d'affaires, des touristes. Les embouteillages l'avaient totalement épuisé. Coincé des heures durant, il resta dans sa voiture, supportant une chaleur insoutenable, supportant l'agitation de la ville de New York, ainsi que les différents accrocs entre automobilistes. Cette journée, Jimmy la connaissait bien, c'est cette même journée de dur labeur, de fatigue et d'ennui qui se répétait depuis maintenant deux ans.
James "Jimmy" Vaughan était un jeune chauffeur de taxi d'origine irlandaise. Âgé de seulement vingt-trois ans, il avait réussi son concours pour devenir chauffeur de taxi à l'âge de vingt ans... A l'âge de quinze ans son père l'avait abandonné du jour au lendemain, lui et sa mère, sans donner aucune explications. Le départ de son père l'avait fortement marqué, il le considérait comme une personne irresponsable. En effet, quelques jours après le départ de son père, il ne trouva plus l'intérêt de continuer ses études, et se désintéressa de toutes activités. Un jour sa mère décida de lui faire voir un psychologue pour l'aider à surmonter cette étape. Elle s'occupa de lui jusqu'à ce qu'il décide, à l'âge de dix-neuf ans, d'arrêter ses études et de s'installer dans un petit appartement dans Brooklyn, puis de passer le concours pour devenir chauffeur de taxi et de se faire un peu d'argent pour subsister.
Il était six heures, lorsque Jimmy, après avoir entendu son réveil sonner, se précipita dans sa salle de bain pour faire sa toilette. En se regardant dans le miroir, Jimmy constata qu'il avait vieilli ces derniers temps et que la vie exaspérante qu'il menait commençait sérieusement à avoir un impact physique sur lui. Ses cheveux, jadis éclatants de couleurs et soyeux, étaient maintenant blanchâtres et rêches ; ses grands yeux verts étaient devenus gris, lui donnant ainsi un regard vide et sans âme. Ses lèvres étaient minces et ne contrastaient plus avec son teint pâle. Seul un soupçon de rose colorait les extrémités de sa bouche, vestige d'une ancienne vie heureuse qui, aujourd'hui, était effacé par la fatigue et les contraintes du jeune homme.
Ce jour-là, les embouteillages étaient beaucoup plus important, à cause des vacances d'été, qui venaient de commencer. La circulation était ce matin-là un véritable enfer, et Jimmy n'arriva pas à l'heure du premier rendez-vous, imposé par son patron. La journée se déroula ainsi, des retards successifs inévitables qui ne purent qu'augmenter son anxiété, causés par un véritable concours de circonstances. Aussitôt rentré chez lui, on sonna à sa porte. "Qui pouvait bien venir à ma porte, à une heure pareille." se disait-il. Usé par cette harassante journée de travail, il n'alla pas ouvrir. Ce n'est toutefois pas ce qui retint cette mystérieuse personne, qui sonna une seconde fois, cette fois avec plus d'énergie. Le son strident de la sonnette finit par exaspérer James, qui alla ouvrir avec toute la souffrance que cela lui infligeait. Devant lui se dressait un homme, qui tenait dans ses mains une lettre recommandée et un colis de petite taille. Une fois les papiers signés et la commission récupérée, Jimmy s'empressa de les poser quelque part, puis de partir se coucher, sans les consulter. Le lendemain, Jimmy pris un jour de congé. Il était environ onze heures, lorsqu'il se décida à se lever, et à se préparer quelque chose à manger. Il resta plusieurs heures à ne rien faire, contemplant l'écran sale de sa télévision. A moitié endormi, assommé par une atroce migraine, il restait cependant éveillé à cause de fréquents élancements au niveau du dos. Après avoir regardé un documentaire sur l'histoire des Etats-Unis, Jimmy se leva avec difficulté, et alla prendre une douche. En sortant de celle-ci, il se décida à aller voir un médecin pour faire examiner son dos. Il cherchait ses clefs, quand il vit le colis qui lui avait été livré la veille. Il prit donc quelques minutes pour lire la lettre qui accompagnait le paquet. Il la lue deux fois, pour bien prendre en considération toutes les informations contenues et la replia consciencieusement. Il reposa ses clefs, pris le paquet et s'enferma dans sa chambre. Son père était décédé. La lettre l'avait informé que les obsèques de son père auraient lieu dans deux jours, et que le jour même il était prié de bien vouloir se présenter chez le notaire pour entamer la procédure testamentaire. Jimmy s'accorda quelques minutes de réflexion, avant d'ouvrir le colis joint. Le colis était assez petit. Il y avait à l'intérieur un collier en argent qui arborait sur sa coque un petit oiseau. Cet objet lui était totalement étranger. Il semblait avoir de la valeur et Jimmy supposa qu'il appartenait à son père. Il le mit dans un tiroir en le cachant derrière un tas de vêtements, comme si quelqu'un ou quelque chose cherchait à l'obtenir. Il ne savait pas pourquoi il le faisait, il sentait au fond de lui le besoin de le cacher.
Il était neuf heures, Jimmy sonna à la porte, sa mère lui ouvrit la porte et l'accueillit chaleureusement et ne put s'empêcher finalement de s'écrouler dans ses bras en pleurant. En effet elle n'avait jamais porté un quelconque jugement sur son mari et ne lui en avait jamais voulu contrairement à son fils qui éprouvait encore de la rancœur. Elle lui cuisina quelques pancakes tout en lui faisant l'éloge de son père, lui énumérant toutes les qualités qu'il avait.
- " Tu sais ton père a fait beaucoup pour moi. Et pour toi aussi d'ailleurs, il a payé tes études, et s'est chargé de toi jusqu'à son départ. Tu ne devrais pas être aussi dur à son égard.
- Il nous a abandonné, et toi tu veux que je le remercie ! Pour ça ! Ecoute, je ne veux pas que tu te fasses des soucis, il est mort et j'en suis navré, mais il n'a pas été un bon père. C'est tout ce que j'en retiens maintenant."

Jimmy s'excusa d'avoir été si brutal et ils partirent tous deux en voiture pour se rendre à l'enterrement.
La cérémonie terminée, le corps enterré, Jimmy resta quelques minutes de plus devant la tombe fraichement creusée de son défunt père. Il ne s'était pas prononcé et avait refusé de dire quelques mots pour lui. Alors qu'il replaçait un pot de fleurs, il aperçut un groupe d'homme vêtus de longs manteaux noirs et de chapeaux qui voilaient leurs faces. Ils avaient assisté à la cérémonie et l'avaient intrigué. Jimmy décida d'aller les voir en personne pour savoir ce que ces hommes voulaient. L'un d'eux portait une malette noire, c'était surement le notaire, se disait-il. Après avoir discuté avec eux, Jimmy s'aperçut que ces hommes connaissaient bien son père. Ils parlaient comme s'ils l'avaient cotoyé depuis toujours, relatant d'anciens souvenirs. Ils faisaient sans doute partis de ses vieilles connaissances. Voulant en savoir plus, il posa plusieures questions aux sujets de son père, de ses activités durant ces dernières années, tout en faisant attention de ne pas dévoiler sa véritable identité. A la fin de la discussion, les hommes repartirent en voiture. Jimmy n'avait pas appris grand chose, il se décida cependant à les suivre pour en savoir plus.
La voiture des hommes se faufilait aisément à travers les rues, et finit par s'arrêter devant un hôtel cinq étoiles. Jimmy se gara quelques mètres plus loin. Il ne pouvait pas entrer dans l'hôtel sans avoir une tenue correcte ; heureusement, la tenue qu'il portait à l'enterrement lui permis de passer assez facilement. Arrivé à l'accueil il vit les hommes récupérés chacun une clef, trois, peut-être quatre. Leur chambre devait être surement alignée dans un des étages de l'hôtel. Ne sachant pas à quel étage ils étaient, Jimmy réclama une chambre proche de la leur, affirmant qu'il était l'un de leurs amis. La chambre à elle seule, lui couta environ six mois de salaire.
Les cloisons étaient trop épaisses pour entendre quoi que ce soit. Il attendait qu'un événement se produise pour agir. Il du attendre plusieures heures avant d'entendre quelqu'un sortir. Il sortit à son tour, et hésita à essayer de rentrer dans la chambre voisine. Il ne savait pas si quelqu'un était resté à l'intérieur, et n'avait aucune raison valable de le faire. Cependant, une force inconnu le poussa à le faire, sans réfléchir. Il se munit de quelques outils qui trainaient dans sa chambre d'hôtel : une fourchette, un couteau... Après une trentaine de minutes, avec beaucoup de difficulté, il pénétra dans la chambre. La chambre était identique à la sienne, rien n'avait été bougé. Il n'y avait en fait que la malette noire placée aux pieds du lit. Jimmy la prit et l'ouvrit. A l'intérieur, demeuraient des dossiers étiquettes qui ne lui était d'aucune utilité.
Après avoir regroupé la totalité de ces papiers, il s'empressa de ranger la malette à l'endroit exacte où elle était. Dans la précipitation, il la fit tomber, laissant ainsi sortir des documents de l'autre coté de la malette. Une grande quantité de clichés surplombait la pile de dossiers. Tous, sans exceptions représentaient son père, dans divers endroits, avec la plupart du temps une tiers personne, jamais la même. Jimmy s'accorda cinq minutes de plus pour étudier plus attentivement le contenu de ces documents. Son père était impliqué dans des affaires plus qu'étranges. Au fur et à mesure qu'il lisait, il comprenait que son père faisait parti d'une mafia, d'un regroupement de personnes partageant sans doute les mêmes intérêts. Le dossier, très épais, recensait différent actes criminels, tel que le chantage, le vol, le blanchiment d'argent, l'agression et même parfois l'homicide. Le choc fut si fort pour lui, qu'il oublia totalement dans quel endroit il était, si bien qu'il ne sentit même pas la présence d'un homme derrière lui. L'homme se pencha vers lui, pointant sa tête avec une arme, et lui murmura quelque chose à l'oreille. Jimmy ne comprit pas, il se leva cependant et se retourna. Son père se dressait devant lui. Jimmy resta complètement muet, incapable de dire un seul mot. Son père avait l'air pressé, et ne semblait pas pouvoir apporter les explications que son fils lui demandait du regard. Il rangea son arme, prit l'ensemble des documents d'une main, et prit la main de son fils de l'autre. Jimmy le suivit jusqu'à sa voiture sans vraiment réfléchir. Après environ une heure de route, ils s'arrêtèrent à un hôtel et louèrent une chambre. En réalité, Jimmy était resté sous le choc, et son père dut le porter jusqu'a la chambre. Ils prirent le temps tout deux de parler, son père lui expliqua minutieusement ce qu'il se passait, ce qu'il avait fait ces dernières années, et pourquoi il l'avait fait. Jimmy retrouva peu à peu son calme, il comprit rapidement que son père travaillait toutes ces années pour une agence de police privée qui traque la pègre depuis plusieures années. Il avait dû les abandonner pour les protéger lui et sa mère. Jimmy ne put s'empêcher de verser quelques larmes. Ils reprirent la route. Son père lui expliqua que c'était lui qui avait envoyer le collier en argent, et qu'il le lui fallait absolument pour résoudre cette affaire et en terminer maintenant. Arrivé à l'appartement de Jimmy les trois hommes rencontrés à l'enterrement les attendaient. Ils avaient récupérés assez d'information en parlant avec lui pour savoir que le collier était chez lui. Son père ne s'attarda pas, ils savaient que ces hommes appartenaient à la police et allaient être accusé pour plusieurs actes criminelles en même temps que leurs associés. En pleine fusillade, les balles s'entrechoquèrent, Jimmy eu à peine le temps de se faufiler pour atteindre sa chambre pour récupérer la preuve manquante cachée au fond de son tiroir. Quand il revint, les quatre hommes gisaient par terre, son père était grièvement touché. Il lui demanda d'apporter tout cela à la police auxquelles il appartient, et lui demanda pardon, pour toutes ces années d'absence.
Une semaine plus tard, plus de cents malfaiteurs sont incarcérés pour divers raisons grâce au travail de son père. Jimmy retourna au véritable l'enterrement de son père. Cette fois-ci, il se prononça et dit quelques mots pour lui. Il avait en effet retrouvé un père, qui ne l'avait finalement jamais vraiment abandonné. Il parla de tous les sacrifices que son père avait fait pour sa famille. Jimmy venait de retrouver un père.
Il quitta son travail, pour passer un concours dans la même agence de police et honorer ainsi les sacrifices qu'effectua son père pour son pays.
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