"Encore une journée banale dans un monde des plus banals " .
Voila ce que se disait souvent James Carpenter. James était un jeune lycéen tout à fait commun, brun, assez grand; il paraissait assez renfermé. Fils unique, il vivait avec ses parents, il avait des amis fidèles, était assez sportif et avait un bon niveau intellectuel. Son père était avocat et sa mère informaticienne dans une petite agence. Ils vivaient à leur aise.
Sa vie était enviable, mais malgré cela il trouvait qu'une chose lui manquait mais ne savait pas quoi. Pour son entourage il avait toujours un sourire mais au fond de lui, il ressentait un sentiment profond d'ennui. Il ne se complaisait pas dans ce qu'il ressentait comme un flot de répétitions perpétuelles.
Les mêmes amis, le même environnement, les visages des personnes qu'il croisait dans la rue eux aussi lui paraissaient être tout le temps le mêmes. Voila ce qu'il désirait! Du changement! Il ne désirait pas tellement déménager ou rencontrer de nouvelles personnes, ce qu'il voulait c'était un ingrédient qui saurait redonner du goût à sa vie.
Un jour, comme il rentrait chez lui il décida de prendre un chemin un peu différent pour tenter de briser cette monotonie si présente dans sa vie, même si cela lui paraissait paradoxalement quelque peu futile.
Il était encore tôt et comme rien ne le pressait vraiment, il avait pris la rue qui rallongeait le plus son trajet et prenait le temps d'observer les habitations tout en se perdant dans ses pensées. À ce moment là James fut surpris par une averse; il n'avait rien pour se protéger de la pluie et, de surcroît, a force de flâneries il n'était qu'à la moitié de son chemin. Il pleuvait maintenant tellement fort qu’il n’y avait plus personne dans la rue, on ne voyait que quelques ombres furtives s’engouffrer dans les ruelles telles des souris dans la fissure d’un mur. James fit de même et s’enfonça dans un des passages étroits. Dans son empressement, il s’arrêta brutalement, il ne comprenait pas vraiment comment mais un objet jonchant le sol avait attiré son attention. Il s’agissait d’une petite pierre, là, contre ce mur, éclairée par un unique rayon de soleil ayant réussi à percer entre les nuages et à arriver au beau milieu de cette ruelle.
James avait maintenant ralenti sa marche et observait sa découverte avec sa nonchalance habituelle. Il semblait que même la pluie ne l’indisposait plus, son regard restait figé sur cette pierre qui lui était apparue. Il lui avait d’abord semblé qu’elle était noire mais maintenant qu’il s’en était rapproché il remarquait quelques teintes rouges sur cette pierre, des teintes qui s’apparentaient à celle du sang. James avait maintenant fini d’examiner la pierre, sa curiosité assouvie il se remit à presser le pas, et puis, il n’allait tout de même pas ramasser cette pierre par pure fantaisie, alors qu’il n’en aurait aucune utilité et qu’il s’en débarrasserait dans les jours suivants si ce n’était pas le jour même.
Il faisait maintenant nuit James était rentré depuis bien longtemps la soirée s’était passée dans le calme, la pluie ayant duré toute l’après-midi avait laissé une trace d’humidité dans l’air. James couché dans son lit, le regard plongé dans le vide, se demandait pourquoi cette pierre avait tant attiré son attention. Tout semblait s’accorder pour dire qu’on avait voulu qu’il vit cette pierre, sur ce trajet inhabituel, la pluie qui l’avait surpris, ce rayon de soleil … Mais James était un jeune homme si pragmatique que cette idée lui semblait trop irrationnelle, il préférait donc l’abandonner.
Six heures, la radio venait de réveiller James, il avait mal dormi à cause des turpitudes dans lesquelles il avait été plongé toute la nuit, et son exaspération n'en fut que plus forte quand il se rendit compte que la journée qui venait de commencer était le samedi. James n'arrivait maintenant plus à dormir la seule chose qui lui restait à faire était de se lever. Maintenant habillé James se demandait bien comment il pouvait s‘occuper. Son ordinateur était en réparation, les émissions à cette heure de la journée étaient toutes plus inintéressantes les unes que les autres et ses amis devaient sûrement être encore dans les bras de Morphée. Il prit la décision de faire un tour pour se changer les idées et se ressourcer. Il se laissait guider par son instinct sans vraiment savoir où il allait, mais peu à peu il se rendait compte qu'il était revenu sur ses traces de la veille, il était repassé par les mêmes rues escarpées. Il se rapprochait de la rue où il avait aperçu la fameuse pierre.
"Puisqu'il en est ainsi, pourquoi ne pas aller la ramasser cette fameuse pierre? On peut peut-être en tirer un bon prix auprès d'un quelconque collectionneur..." se dit James en entrant dans la sombre rue. Le soleil commençait maintenant à pointer à l'horizon, éclairant peu à peu les rues et éloignant l'obscurité. La pierre était maintenant aux creux de la main de James et son regard fixé dessus, les teintes rouges sur cette pierre, maintenant qu'il la voyait d'aussi près, ressemblaient vraiment à des traces de sang il n'avait jamais rien vu de tel.
Les pensées de James furent soudainement interrompues par un cri, un homme venait de briser la vitre d'une voiture et de voler le sac d'une jeune femme assise à l'intérieur. James avait en horreur ce genre d'individus qu'il estimait comme particulièrement lâche mais il n'était pas la police et l'homme était déjà loin. L'homme avait maintenant disparu dans l'angle de la rue, à ce moment précis en quelques fractions de secondes plusieurs sons retentirent. Tout d'abord un crissement de pneus strident, puis un cri mais cette fois celui d'une voix masculine. Les passants s'étaient attroupés, et quelle fut la stupeur de James en voyant le malfrat gisant sur le sol, le bras et la jambe droite brisés, il venait d'être percuté de plein fouet par un camionneur qui avait lui même grillé un feu.
"Cela prouve bien que... le crime ne paye pas.", pensa James en regardant d'une façon dédaigneuse le voleur gémissant sur le sol, pendant que dans la foule l'excitation montait. Il se remit en marche sans se soucier de ce qu'il adviendrait de l'homme. On avait sûrement déjà dû appeler les urgences et James avait même l'impression d'entendre le son des sirènes des ambulances résonner au loin. Cela faisait maintenant près de deux heures que James était à l’extérieur et, comme il passait devant un supermarché, il se rendit compte qu’il n’avait pas déjeuné. Avec ce qu’il avait en poche il pouvait bien s’acheter de quoi se faire un petit déjeuner commode. Il ne mit pas longtemps à se décider, une barre de céréale, un bon fruit frais, une boisson lactée et son repas était prêt. Il ne lui restait maintenant plus qu’à régler ses achats, mais en arrivant à la caisse un homme passa devant lui, le bousculant presque. James, irrité par cette attitude, voulait exprimer sa pensée au malotru mais l’homme n’avait qu’un article et il eut vite fait de se diriger vers la sortie. Dans sa précipitation, l’homme glissa sur une flaque d’eau, les hommes d’entretien devaient être négligents dans ce magasin. En heurtant le sol l’homme jura : «Nom de Dieu. Ça fait un mal de chien ! », James, ne put contenir un fou rire, il avait le sentiment que cette chute était légitime. Le reste de la journée se passa plus calmement, une simple sortie entre amis durant l’après midi, pendant laquelle les événements de la matinée furent comptés, mais un détail n’échappa pas aux amis de James. Et ils ne manquèrent pas de le lui faire remarquer. Ce devait être vrai après tout car il se passait pour une fois quelque chose sortant du commun dans la succession de journées banales qui constituait sa vie.
Le surlendemain, alors qu’il marchait dans la rue par une pluie diluvienne comme il y en avait tout le temps vers cette période de l’année, James fut éclaboussé par une voiture roulant plus vite que ce qu’il était permis en ville, ce même véhicule manqua quelques secondes après de rentrer dans un lampadaire à cause d’une perte de contrôle de la conductrice due au sol glissant. Et le jour suivant, dans le bus, un homme qui importunait une jeune femme failli s’étouffer avec son chewing-gum.
La plus superstitieuse des personnes aurait pût penser que la malchance planait sur le quartier mais James était sûr qu’il ne s’agissait là que de simples coïncidences. Ce qui se passait ces temps ci fit peu à peu tomber la pierre dans l’oubli, et quelle fut la surprise de James quand il la retrouva dans une des poche de son manteau; Cette surprise laissa vite place à un frisson car les teintes rougeâtres sur la pierre semblaient plus prononcées. Cela avait il un lien avec les événements passés? car c’était bien depuis qu’il avait trouvé cette pierre que tous ces événements avaient eu lieu, de plus ils ne concernaient que des personnes à l‘égard desquelles James avait éprouvé du ressentiment. Il fallait en avoir le cœur net. James sortit avec la pierre en poche et essaya d’avoir des pensée négative sur toutes les personnes d’allure peu fréquentable qu’il voyait mais aucun résultat.
Rassuré, James rebroussa chemin et rentra chez lui en se disant qu’il ferait mieux de moins regarder les films de science-fiction. Trois jours passèrent sans que rien de spécial n'eus lieu, James était en pleine période de révision pour les examens, seule sa vielle voisine du dessus l’incommodait, car le bruit de la canne qu’elle utilisait le déconcentrait. Le quatrième jour, James appris que sa vielle voisine venait de mourir. Les accidents passés lui revinrent en mémoire. Et si sa voisine était morte à cause de la pierre ?
Cette femme était tout de même vielle et tout le monde meurt un jour. Dans le doute il fallait qu’il se débarrasse de la pierre, pour que personne ne la retrouve, il se mit en tête de la jeter dans le fleuve qui traversait la ville.
Arrivé devant le fleuve, il ne lui restait plus qu’à lancer la pierre et tout serait terminé. Mais il ne pouvait pas se résoudre à le faire car son imagination était peut-être trop fertile, sa volonté d’avoir une vie hors du commun l’avait peut être rendu fou. Et si cette pierre était vraiment spéciale ,alors, pourquoi s’en débarrasser? Elle pouvait être utile dans bien des situations cependant des vies humaines seraient impliquées. Un combat faisait rage dans la conscience de James, qu’allait il faire? Perdu dans ses pensées, il laissa échapper la pierre de sa main puis elle roula vers l’eau. James réussit à s’en saisir mais tomba, il avait du mal à nager à cause de son lourd manteau et le courant l’entrainait, il avait en plus l’impression de perdre lentement ses forces. Serait-ce lui la dernière victime de cette pierre maudite qu’il ne lâchait pas pour des raisons que même lui ignorait ? Non, il ne le voyait pas ainsi. Il ne mourrait pas ! Il ne mourrait pas ! Il voulait continuer à vivre et reprendre cette merveilleuse vie banale dans ce monde banal !
Depuis ce jour on ne revit pas James. C’était il noyer? C’était il enfui avec la pierre?
Cela nul ne le sait.
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mercredi 13 janvier 2010
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